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Le coup de gueule d’Amanda Batty contre les VTT féminins

Etant une des féministes les plus franches de l’industrie et une athlète qui a tenté à plusieurs reprises de lutter pour l’égalité féminine et les salaires équitables, je suis opposée au vélos féminins depuis un moment maintenant.
C’est un problème complexe mais au fond je ne pense pas que l’anatomie féminine requiert une construction distincte et entièrement différente.

Je pense que c’est à la mode. Encore pire, que c’est du mauvais business.

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Pourquoi ? Et bien, premièrement un vélo spécifiquement féminin n’a pas de sens physiquement. Le modèle actuel de vélo féminin est en fait un cadre plus petit pour femme avec des suspensions plus légères, des plus petits grips, des côtes de cadres plus petites, une selle adaptée à la morphologie féminine. Et souvent la conviction que ce vélo conviendra aux femmes.
La seule problématique avec cette logique est que des millions de femmes la réfute.
Grandes, petites, moyennes, toutes avec des proportions différentes, j’en suis la preuve vivante. Du haut de mes 1m72(5’8″) je lutte pour trouver des tee shirts assez long, pourtant j’ai le fémur d’une personne d’1m87(6’2″) et les tibias d’une personne d’1m62(5’4″).
Je suis un enchevêtrement de contrastes, ce qui signifie que mon vélo doit être pareil.
Quel est le problème ici ? Je ne suis pas une anomalie. En fait, la plupart des mensurations humaines échouent à convenir aux dimensions standards de la majorité des vélos, c’est pour cela que le « bike fitting » est crucial dans cette industrie.
Et pourtant, le marché entier est fondé sur le fait que ces vélos vont convenir aux femmes parce que toutes les femmes (ou tout du moins toutes les rideuses) ont strictement les mêmes mensurations.

Tu plaisantes j’espère ?
C’est un mensonge. C’est également difficile d’approuver et de perpétuer le problème connu sous le nom de « l’autre »(othering) : voir ou considérer (une personne ou un groupe de personne) comme intrinsèquement différent de soi. Les femmes ne sont pas les autres.
Les femmes représentent plus de 51% de la population humaine. Nous ne sommes pas d’étranges créatures mystiques qui existent uniquement dans le but de dérouter l’esprit des mâles et déconcerter même le scientifique le moins impressionnable. Nous sommes humaines car nous sommes constituées d’une grande variété de caractéristiques humaines et toutes hétéroclites, peu importe nos organes génitaux.
Les embryons homo sapiens sont formés en combinant l’ADN de 2 individus différents avec chacun leur ADN distinct. Dans l’utérus ils sont relativement sans genre pour les 8 premières semaines jusqu’à ce que les gonades se séparent et deviennent des ovaires ou des testicules. C’est un procédé complexe et incertain, mais le genre humain est souvent déterminé par la génétique, tout comme les hormones qui circulent tout au long des 9 mois du cycle de la naissance.
Un bébé arrive comme le produit de l’ADN de ses parents et des hormones, sans mentionner les gênes cachés (ou récessifs) qui peuvent se dissimuler pendant des dizaines d’années. La science médicale a établi le pouvoir de l’hérédité et ses effets sur la race humaine, et pourtant, l’industrie du vélo pense que le genre est ce qui défini un rider ?

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La taille, la force, la portée de l’expérience et même la force physique vont avoir un effet sur le vélo qui conviendra à une personne, mais le genre ? Le genre non. Prétendre que le genre va influencer le cadre de vélo dont une femme a besoin n’a pas eu d’importance depuis 1895 lorsque les femmes violaient les traditions Victoriennes en refusant de porter des robes. Essayer de vendre une catégories complète de vélo aux femmes bien que nous soyons des êtres étranges, ne prétendant pas au titre d’individu, n’est pas juste insultant, c’est sexiste.

« Que veulent les femmes ? »
C’est une question brandit par des compagnies milliardaires dans leur course pour attirer le marché féminin. Mais la question est invalide parce que « les femmes » ne veulent rien en tant que groupe collectif. Le mot « femme » est un genre. C’est tout. Ce n’est pas plus important que « ce que les hommes veulent », et cela caractérise tous les individus humains. Pourquoi vouloir absolument pointer du doigt « les vélos féminins » quand l’idée d’un « vélo masculin » est complètement absurde ? Bien sur il n’y a pas de cadre masculin, parce que les hommes sont complexes et uniques avec leurs propres motivations, compétences et tailles.

Pourquoi les femmes ne peuvent être pareil ? Pourquoi l’industrie du vélo ressent le besoin si fort de créer des codes couleurs et des tailles spécifiques femmes alors que nous ne sommes pas toutes les similaires? Nous ne sommes pas prêtes de nous ressembler et pourtant l’industrie du vélo (et le monde) est ravie de nous mettre dans un petit compartiment nommé « FEMMES ».

Que veulent vraiment les femmes ? Nous voulons la même chose que les hommes, vous savez, nous sommes des personnes. Que demande le peuple ? Il semble vouloir du choix qui correspond à son budget, son niveau. Les gens veulent l’accessibilité et une taille appropriée. Ils veulent s’amuser. Et voici la grosse révélation : les gens différents veulent des choses différentes.

Je sais que cela peux sembler fou. Nous avons chacun des désirs et des motivations différentes ?! Mon dieu. Que va t’il se passer ensuite ?

Je sais. C’est difficile à encaisser. Mais pourquoi ne pas offrir aux gens un meilleur choix d’options basé sur leur tailles, leurs expériences et leurs besoins individuels plutôt qu’un produit basique genré ? Traitez moi de folle mais j’ai la certitude que si les marques de vélo et les revendeurs mettaient autant d’effort à éduquer une large partie de la population qu’à promouvoir ces absurdités que sont les vélos féminins, nous irions tous beaucoup mieux. Nous pourrions peut être même avoir des cyclistes qui savent de quels vélos ils ont besoin basé sur leurs tailles, désirs et niveaux technique ! Imaginez ça !

Les vélos spécifiquement féminin sont la déshumanisation et la catégorisation d’un groupe qui est uniquement relié  par son sexe. Ce n’est rien de plus, rien de moins. Il est temps d’arrêter de prétendre que le genre est une barrière entre les êtres humains, ou que cela nous dictes nos besoins ou nos désirs individuels. Les théories derrière ce concept ne sont pas basées sur des faits probants ou scientifiques donné par un 3ème genre objectif. La « science » et les « chiffres » ont été délivrés comme preuves par les entreprises qui ont investi des millions de dollars pour vendre leurs mensonges : toutes les femmes ont (ou doivent avoir) une certaine taille avec des proportions spécifiques. Ce n’est pas physiquement possible. Bien que cela puisse être vraisemblable pour certaines personnes,  donner le nom vélo féminin à un objet avec des proportions spécifiques biaisées, écarte toutes les personnes qui ne s’adaptent pas à ces proportions et est préjudiciables à ceux qui y correspondent. S’il arrive qu’une femme corresponde aux standards mais possède des mains plus larges ou ne peux utiliser la selle monté sur le vélo à cause d’une anatomie différente, est ce que cela signifie qu’elle est anormal ? Parce que oui, nous sommes toutes différentes de ce côté là. Et qu’en est-il des hommes qui ont besoin d’un vélo plus petit avec une selle différente et des grips moins larges? Et oh mon dieu, soudainement, ils se retrouvent à errer dans le terrible rayon femme, qu’ils doivent normalement éviter le plus possible pour conserver leur masculinité, selon les industriels.
Et que se passe t’il pour les femmes qui ne sont pas fait sur le même moule ?
Je suppose que je suis trop « masculine » pour ces vélos féminins. Je suppose que mes proportions font de moi une créature complètement différente plutôt qu’une cycliste qui souhaite seulement un vélo qui lui correspond.

Arrêtez de dire aux personnes ce qu’elles souhaitent et commencer à leur donner ce qu’elles veulent. Si leur besoin est d’être spécial selon son genre, alors l’industrie doit répondre a cette demande équitablement et fabriquer des vélo masculins. Si le besoin est d’avoir des tailles allant de XXS à XXL, alors peut être faut-il commencer à faire des vélos et des équipements correspondant à des vrais personnes. Si le but final est l’équité, nous devons arrêter de perpétuer le mythe que toutes les femmes sont semblables et donc de leur vendre des vélos dont elles n’ont pas besoin. Donnez au personnes des options, éduquez les acheteurs et donc encouragez les à dépenser dans quelque chose qui fonctionnera mieux pour eux en tant qu’individu.

L’industrie du vélo colporte des mythes et mensonges à tout un genre pour en tirer profit, finalement la pseudo science autour des vélos féminins va être percé à jour comme étant une création totale de sexistes qui ont fabriqué des preuves pour appuyer leurs croyances sur les femmes et ce qu’elles devraient être.

Les femmes ne sont pas similaires car les tous êtres humains sont différents. Fin de l’histoire.

Traduction de l’article « Are women’s specific bikes benevolent sexism ? » en accord avec Amanda Batty.

1 Comments

  1. laurent

    Bravo.
    Très bel article qui pointe une fois de plus le business model du monde du vtt : des nouveautés qui n’en sont pas, des solutions techniques qui ne font que ringardiser les standards établis. Bref vive le fric !
    Courage et bon ride !

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